La population des sans-abris va-t-elle s’accroitre le 1er juillet? 

Par Briana Tomkinson

La Fête du Canada au Québec n’est pas qu’un jour où festoyer avec feux d’artifices et barbecues. C’est aussi le moment où on voit une vague soudaine de camions de déménagement qui sillonnent les rues de la ville, des déménageurs qui se débattent avec des matelas en montant des escaliers étroits et des livraisons de pizza chez des locataires fatigués dans des appartements remplis de boites à travers la province.

Cette année, le COVID-19 a annulé les prestations de feux d’artifice et réduit les célébrations dans les arrière-cours, mais pour des dizaines de milliers de Montréalais, le 1er juillet reste le Jour du déménagement. 

80 %  pour cent des baux résidentiels au Québec expirent le 30 juin et 80 000 à 100 000 Montréalais déménageront autour du 1er juillet, selon un article qui parut récemment dans la Montreal Gazette.

Pourtant, avec la recherche d’appartement compliquée par la pandémie et un taux d’inoccupation extrêmement bas de 1,5 %, de nombreux Montréalais cette année ne finiront pas la journée par engloutir une pizza dans la cuisine de leur nouvel appartement.

Ils ne sont même pas certains d’avoir un lit où dormir.

Maxime Roy-Allard, porte-parole pour le Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ), a déclaré qu’une crise du logement avait précédé le COVID-19 et que la pandémie n’a qu’empiré les choses.

« Ce sera une année très difficile », a-t-il déclaré. « Nous avons beaucoup de locataires qui nous appellent et qui ne sont pas en mesure de trouver des appartements abordables pour le 1er juillet. »

La synchronisation temporelle de la crise du logement et de la pandémie faisait partie du problème. La pandémie était devenue inquiétante à Montréal en mi-mars, juste après que la plupart des locataires qui prévoyaient de déménager auraient donné leur annonce de départ à leur propriétaire. Certains ont changé d’avis et ont décidé de renouveler leur bail pour une année supplémentaire, mais si le propriétaire eut déjà loué l’appartement à un nouveau locataire, il n’y a pas question de rester en place.

« [La pandémie] a véritablement tout changé, » a déclaré Roy-Allard. « Cela complique les choses pour les locataires qui prévoyaient de déménager ou qui devaient déménager et ceux en risque de perdre leurs appartements. »

François Bonhomme, directeur des communications et gestionnaire de compte de l’Association des propriétaires du Québec, a affirmé qu’il est extrêmement difficile de trouver des appartements libres à louer à Montréal à cette période de l’année.

« Nous parlons d’une situation catastrophique en ce qui concerne un manque d’appartement, » a déclaré Bonhomme.

La pénurie d’approvisionnement est devenue pire, a-t-il dit, puisque les propriétaires ont été empêchés d’expulser les locataires sans explication depuis le coup de la pandémie, même s’ils avaient déjà reçu un jugement de la  Régie du Logement pour le permettre.

Il y a une impression que les propriétaires ont des poches assez pleines pour subsister même avec quelques mois de loyer non payé par leurs locataires. Pourtant, la majorité des propriétaires au Québec ne met au marché que quelques propriétés à louer, souvent en étant un propriétaire-occupant d’un duplex ou d’un triplex, a exprimé Bonhomme.

Comme Radio-Canada l’a présenté, de nombreuses banques ont refusé aux propriétaires des immeubles locatifs de reporter leurs paiements. Les investisseurs de petites entreprises familiales qui se fient aux revenus de leurs propriétés locatives afin de couvrir leurs paiements hypothécaires ont eu du mal à continuer les paiements prompts lorsqu’un locataire était incapable de payer son loyer. Certains craignent maintenant qu’ils aillent perdre leurs propriétés.

« Ils ont une hypothèque à payer et quand le gouvernement offre une main aux locataires et ceux-ci ne paient pas leur loyer, le propriétaire n’a aucun moyen d’obtenir de l’aide pour payer l’hypothèque, » a dit Bonhomme. « De nombreux propriétaires ont à peine été capables d’obtenir un répit pour leur hypothèque alors que les locataires ne payaient pas, payaient partiellement ou retardaient le paiement. »

Aide ceux en danger de devenir sans-abri

Les Montréalais qui n’ont plus de choix et qui craignent une situation d’habitation vagabonde le 1er juillet peuvent se tourner vers l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) pour obtenir de l’aide à trouver un appartement. Ceux qui vivent à l’extérieur de Montréal peuvent mener une recherche d’organisations communautaires et des autorités des logements locaux sur le site Internet de la  Société d’habitation du Québec.

Le gouvernement provincial a annoncé le 11 juin qu’il y avait plus de 71,5 millions de dollars cet été pour fournir des programmes pour aider les locataires qui flirtent avec la crainte de se retrouver dans un état d’itinérance, dont :

  • Un programme élargi de supplément au loyer : Le gouvernement a ajouté 1800 logements subventionnés pour des familles au besoin, 200 parmi lesquels seront spécifiquement ciblées pour les sans-abris pour faciliter leurs réintégrations en société. Ceux qui bénéficient de ce programme paieront l’équivalent de 25 % du taux locatif habituel.
  • De l’aide urgente aux municipalités : Dans les lieux qui connaissent un taux d’inoccupation inférieur à 2 %, les municipalités continueront à bénéficier d’un programme mis sur pied l’an dernier qui a pour but d’aider les locataires à compenser les dépenses d’un logement temporaire ou à entreposer leurs biens jusqu’à ce qu’ils puissent se trouver un logement permanent.
  • Des prêts sans intérêt : Les locataires ayant perdu leurs revenus à cause du COVID-19 peuvent demander un prêt sans intérêt de 1500 $ pour payer leur loyer. La date limite de demande pour ce programme est le 15 juillet. Or le programme n’est qu’une solution à court terme : le prêt doit être remboursé avant le 1er aout.
  • De l’aide financière pour les ménages en attente d’emménagement dans une nouvelle résidence : Les Québécois qui étaient censés déménager dans un appartement nouvellement construit ou rénové, dont la date d’emménagement a été retardée à cause du COVID-19, peuvent demander un remboursement d’une part des frais de logement provisoire et de l’entreposage de leurs biens.

La province a également débloqué 1,2 million de dollars pour la ville de Montréal à offrir de l’aide à ceux en risque de se retrouver sans abris, bien que ceci est bien inférieur aux 5 millions de dollars demandés par la mairesse Valérie Plante.

Ce Jour du déménagement aurait-il donc plus d’importance chez les résidents sur les rues de Montréal?

Nous verrons le 1er juillet.